Portraits Pour Trait

Arthur Navellou, Apollon dionysiaque

Le 25 mars 2016

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Arthur Navellou ©Olivier Juszczak

Musicien, chanteur, danseur, poète et comédien, Arthur Navellou, 28 ans, revient sur son itinéraire d’artiste complet. Deux projets phares symbolisent actuellement son activité artistique : Le Corps Collectif, groupe de danse, et Apolline, groupe de musique.

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Camille Causse, l’archiviste 2.0

Le 11 mars 2016

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Camille Causse ©Martin Loper

Blogueuse hébergée sur le site de Libération, indépendante, Camille Causse porte un œil nouveau sur le métier d’archiviste. Avec ou sans lunettes.

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Candy Cloud, le punk sucré

Le 03 février 2016

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Yasmin ©Olivier Juszczak

Acteur de l’événementiel parisien, Candy Cloud répand ses barbes à papa dans les soirées les plus sympas de Paris. Il est maintenant courant de voir les gens, lunettes de soleil sur le nez et baskets aux pieds, danser en tenant un nuage à la main ! Rencontre avec Yasmin, dealer de sucre.

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Fishbach, l’espoir vibrant

Le 24 janvier 2016

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Fishbach ©Olivier Juszczak

Deux mois après la sortie de son premier disque, Flora Fishbach pose un regard malicieux sur son vécu en tant qu’artiste, ses envies et ses projets. Rencontre.

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Jonathan Genet, une étoile dans le Cosmos

Le 11 décembre 2015

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Jonathan Genet dans le rôle de Witold ©Alfama Film 2015

Comédien de 29 ans, Jonathan Genet est à l’affiche du dernier film de Andrzej Zulawski, Cosmos, en salle depuis le 9 décembre. Après avoir passé un certain temps sur les planches de théâtre, l’acteur français joue Witold, le rôle principal de cette adaptation du roman de Witold Gombrowicz.

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Arthur Navellou, Apollon dionysiaque

De la musique, en passant par la danse, l’écriture et le théâtre, rencontre avec Arthur Navellou, l’artiste multi-facette.

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Arthur Navellou ©Olivier Juszczak

Musicien, chanteur, danseur, poète et comédien, Arthur Navellou, 28 ans, revient sur son itinéraire d’artiste complet. Deux projets phares symbolisent actuellement son activité artistique : Le Corps Collectif, groupe de danse, et Apolline, groupe de musique.

Arrivé à Paris il y a 10 ans, l’artiste commence sa formation universitaire à Nanterre en arts du spectacle. En 4ème année, il fait un stage au Théâtre des Amandiers où il rencontre Bruno Freyssinet, directeur de la compagnie « Transplanisphère ». Il côtoie alors une dizaine de « gros acteurs bien ancrés dans le théâtre » qui lui ont par la suite « apporté la possibilité de bosser sur des trucs ». Il arrête ensuite la fac pour commencer une formation de théâtre.

  • « Tu essayes de mettre le moins de filtre possible entre toi et le personnage »

Je retrouve Arthur Navellou chez lui, dans la tranquillité du jardin d’une petite maison de banlieue. Il m’explique que le fait de venir « avec ce que tu es » expérimenté lors de sa formation de théâtre est une façon de travailler qu’il a tout le temps gardée. Après plusieurs rencontres avec « des comédiens qui ne me donnaient pas envie de faire ce métier », il décide de s’éloigner un peu de cette profession. Il explique : « c’est le royaume de l’égo, de la publicité » où il faut savoir se vendre. En insistant : « certains le font très bien, et ont intérêt à le faire parce qu’ils sont forts, mais ce n’est pas ce je cherchais ».

Le Corps Collectif ©François-Regis Durand

Le Corps Collectif ©François-Regis Durand

  • « Nous, quand on se met nu, c’est pour rentrer en résonance, c’est pour abattre des frontières »

En 2010, Arthur intègre le Corps Collectif après avoir rencontré Nadia Vadori-Gauthier qui fait aussi maintenant « Une minute de danse par jour ». Au début ce collectif était « plutôt un groupe de performance » mais a aujourd’hui « une vision artistique plus défini ». Il me raconte qu’il y a deux aspects dans ce projet : l’un plutôt « somatique » où ils dansent « à partir de ce qu’on a à l’intérieur et on convoque des forces » mais aussi « une réflexion autour de la représentation de ce que fait le spectateur quand il vient nous voir ». Il est vrai que le sentiment de voyeurisme est très peu présent chez le spectateur tellement l’impression de transformation animale, presque bestiale, emporte le public dans une expérience proche du « chamanisme ». Une performance que vous avez peut-être vécue le 21 mars dernier à La Générale dans le XIème arrondissement, pour « Réel Machine ».

Apolline©Emeline-Cole

Apolline ©Émeline Cole

  • « Je savais pas du tout ce qui allait se passer, on s’est mis dans un studio et on a fait l’équivalent de la moitié de l’album en une journée »

Après plusieurs projets musicaux entre 2010 et 2013, Arthur Navellou rencontre les futurs membres du groupe Apolline, à Blois. « C’est une sorte de coup de foudre musical où l’on arrive au bon moment » m’avoue Arthur. Groupe de rock à la fois puissant et sensible, le jeu de scène énergique du chanteur est aussi une particularité d’Apolline. Après un premier album « no longer rain » et plusieurs concerts, avec notamment deux tournées à New York fin 2013 et 2014, le groupe est de nouveau rentré dans un processus de création. Arthur me confie que leur projet est de sortir un EP avec cinq ou six titres, à l’horizon de l’hiver 2016.

Clip officiel de Puck par Apolline. ©M & O Music 2013
réal : Matthieu Tregoat

  •  « On travaille toujours avec des énergies, et ensuite on les raffine pour trouver Apollon dans Dionysos »

Arthur fonctionne de la même manière dans son travail avec Le Corps Collectif ou avec Apolline. Il m’explique qu’il y a deux dimensions dans l’art, celle dionysiaque en rapport avec l’énergie et celle apollinienne correspondant au beau. En précisant : il faut « trouver le beau dans l’énergie, et pas l’énergie dans le beau ». Concernant le jeu de scène qu’il préfère au studio, il le vit comme une expérience : « c’est toujours être traversé par tout ce qu’on a fait, et le refaire devant des gens ».

Bruxelles

Brusquement on sent pousser le besoin d’ailes à la croisée des continents s’envole Bruxelles ©Arthur Navellou

  • « J’essaye de trouver des slogans poétiques »

Attiré aussi par l’écriture, Arthur poste régulièrement des poèmes visuels sur son compte Instagram. Il me dit : « une phrase et une image, pour libérer le poids du dessin et du texte » en précisant « j’ai toujours été un mec à slogan, et la publicité est venu parasiter tout ça ». Son recueil de poèmes « Instants prolongés » est actuellement en attente d’un éditeur, extrait :

SOLDATS

Années de liberté

Les as-tu vendues

Contre la joie de tuer le temps

De la vie cède l’excédant

Au jour défait d’un battement d’ailes

Je me demande si comme moi

Tu continues sans connaître ton camp

DEVENIR RÉCLAME

  • « Il faut toujours se reconnecter à un animal »

Arthur Navellou vit actuellement grâce à son travail d’assistant metteur en scène au théâtre. Il ne dégage par encore de revenu de ses autres activités mais considère que cela lui apporte énormément. Très attaché à la symbolique de l’animalité ancrée dans l’individu, il cite Nadia Vadori-Gauthier : « on est jamais seul quand on a ses animaux ». Le thème du prochain album d’Apolline pourrait tourner autour de l’idée du « zoo » ou de « l’Arche de Noé ». Attendons cet hiver.

Malin, drôle, énergique, Arthur Navellou garde aussi en lui une sensibilité à fleur de peau très touchante. Menant plusieurs projets de front, cet artiste multi-facette est avant tout attaché au besoin de s’exprimer, que ce soit par l’écriture, le chant ou la danse. Nul doute que quoi qu’il arrive, il continuera à le faire. Sans doute avec de plus en plus de lecteurs, d’auditeurs ou de spectateurs.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site internet de la compagnie Le Corps Collectif est ici.

Le site internet du groupe Apolline est ici.

Camille Causse, l’archiviste 2.0

Blogueuse hébergée sur le site de Libération, indépendante, Camille Causse porte un œil nouveau sur le métier d’archiviste. Avec ou sans lunettes.

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Camille Causse ©Olivier Juszczak

Camille, 28 ans, est une jeune archiviste indépendante qui essaye de bousculer les stéréotypes de son métier. Diplômée en histoire de l’art et histoire médiévale, elle a découvert le métier lors d’un stage au Centre Pompidou, en licence 3, à la faveur du temps libre qu’elle avait lors des grèves de l’université.

  • « Archiviste est un métier qui est très dévalorisé »

Je retrouve Camille dans un café parisien du XIème arrondissement. Arrivée en avance, elle est déjà prête à me révéler les secrets de son intérêt pour les archives, l’idée de la création de son blog (Camicaos, créations archivistiques originales) et la vision de son métier. Elle me raconte que lorsqu’elle rencontrait des gens en se présentant comme archiviste, rapidement, ils lui « tournaient le dos » en considérant qu’elle « n’était pas intéressante ». Au début « ça lui cassait le moral ». Pour remédier à ça, elle décide « de raconter des anecdotes croustillantes, fun » et s’aperçoit que ça fonctionne. Après avoir créé son site internet, Camille poursuit dans la volonté de rester active lors d’une période de chômage et se lance dans la rédaction d’articles. Ayant autour d’elle « beaucoup de journalistes » qui l’ont un peu « coachée », elle a rapidement pris du plaisir dans la rédaction en essayant de « trouver des accroches » . Concernant le choix des sujets, elle reste sur des « coups de cœur » en se fixant un post par semaine.

289 3_9 Portrait Camille Causse Photo CJO

Camille Causse ©Martin Loper

  • « J’ai un proche qui travaille à Libé »

Rétrospectivement, elle me raconte que son ami secrétaire de rédaction à Libération suivait ce qu’elle postait sur son blog sans qu’elle le sache, et puis : « ça lui a plu et il en a parlé au mec qui gérait les blogs de Libé ». Elle découvre le milieu du journalisme et tous ses codes de relecture, de titraille et de choix iconographique. Elle m’avoue qu’au début il a fallu « un temps d’adaptation » et qu’elle a vu son titre ou sa photo d’illustration changer. Maintenant « ils ne touchent plus à rien » car elle « fait certainement différemment aussi ». Elle insiste : « en terme de sujets je suis libre, rien ne m’est imposé ». Son blog compte maintenant en moyenne 5000 visites par semaine.

  • « La psychologie n’a pas encore suffisamment sa place dans les archives »

Intéressée par le « transgénérationnel », elle apprécie « voir ce qui peut se répéter dans des lignées familiales ». Elle me confie aimer « la mémoire, aller fouiller dans le passé ». Son objectif est aussi « la sensibilisation des producteurs d’archives » car « ils ne sont pas conscients de ce qu’ils produisent ».

  • « La marque CAOS, il a bien fallu que je la vende »

Surnom ramené d’une expérience en Italie, CAOS est le nom de sa petite entreprise qui propose quatre services à ses clients. À la fois community manager, gestionnaire de fond patrimoniaux, rédacteur et recherchiste, ainsi que créateur d’archives, Camille souhaite « avoir toute la panoplie ». Elle me dit qu’elle « adhère complètement à la vulgarisation » et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait avec son blog. Concernant le community managment, elle reconnait que c’est assez nouveau dans le secteur des archives mais cite deux exemples très intéressants à ses yeux Gallica et les Archives de la Manche.

  • « Je veux rester professionnelle tout en étant accessible »

Auto-entrepreneur, Camille a mis quatre mois avant de choisir ce statut et pense que « c’est le moins mauvais ». Indépendante depuis septembre 2015, elle vit maintenant de son activité. Dans la gestion de sa communauté elle a un peu plus de difficulté avec sa page Facebook que sur Twitter où « c’est plus facile d’être pro ». Hyperactive, Camille pratique l’équitation, la natation, le roller et le piano. Elle reconnait cependant « s’être tout cassé » donc cela « c’est un peu calmé ». À la demande d’évoquer un coup de cœur récent, elle répond le dernier livre de Delphine de Vigan « D’après une histoire vraie » en ajoutant souriante : « c’est pas très joyeux ». Elle cite aussi le DJ Ghislain Poirier.

Pétillante, active et très moderne, Camille dégomme les clichés sur le métier d’archiviste. À ceux qui pensent encore que les archivistes sont terrés au fond d’une bibliothèque, allez faire un tour sur son blog. Elle démontre aussi qu’une période de chômage peut être valorisante, un moment où l’on se forme et teste des nouvelles choses importantes pour la suite d’une carrière, très loin de l’image du faignant assisté que certains essayent de véhiculer.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site de Camille est ici et son blog ici.

Candy Cloud, le punk sucré

Acteur de l’événementiel parisien, Candy Cloud répand ses barbes à papa dans les soirées les plus sympas de Paris. Il est maintenant courant de voir les gens, lunettes de soleil sur le nez et baskets aux pieds, danser en tenant un nuage à la main ! Rencontre avec Yasmin, dealer de sucre.

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Yasmin ©Olivier Juszczak

Yasmin, 28 ans, le créateur de Candy Cloud, distribue des barbes à papa dans les soirées parisiennes depuis plus d’un an et demi. Tout a commencé en Bretagne, avec son association Juicytronics, lorsqu’il organisait des soirées. Les gens étaient « trop sérieux » alors « on a voulu se foutre un peu d’eux en leur offrant des barbes à papa roses ».  Et le concept est venu s’installer sur Paris.

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Ana et Yasmin sur le stand de Candy Cloud à la Bellevilloise ©Olivier Juszczak

  • « À Paris, comme tout est cher, c’est le principe de donation, pour que les gens soient autonomes dans ce qu’ils doivent payer »

Je retrouve Yasmin pour la soirée d’anniversaire des Fils de Venus à la Bellevilloise, dans le 20ème arrondissement. Si « faire la fête et rigoler » sont bien les objectifs de départ, l’arrivée à Paris a ajouté une réflexion sur le prix. Les barbes à papa de Candy Cloud s’échangent sur donation. Lorsque j’évoque ce principe, il me répond que « les gens se sentent un peu couillons parce qu’ils sont livrés à eux-mêmes ». Il y a ceux qui se posent vraiment la question sur le prix en se demandant « s’ils ont assez donné », et puis « les cons qui donnent des pièces de centimes toutes pourries ». D’ailleurs, ce sont souvent les mêmes qui « jettent leur gobelet par terre ». Le message est passé.

  • « Je choisis les organisateurs, par exemple, j’ai dit non à M6 »

Yasmin sélectionne les événements auxquels il participe afin de respecter ses valeurs. Il me dit que « des gens essayent de changer la manière de faire la fête », mais il y a ceux qui « ont compris que c’était un gros business ». En fait, il y a ceux qui le font « par amour de la fête », ceux dont « c’est le métier » et d’autres qui « montent un business ». En étant respectueux de tous les acteurs de l’événementiel à partir du moment où chacun assume son choix.

Concernant la gestion de la page Facebook de Candy Cloud, Yasmin me raconte qu’il l’utilise plus pour promouvoir les événements auxquels il participe. Il récupère juste les jolies photos que les photographes prennent sans que ça soit une demande de sa part.

  • « La Weather… Non, je déconne ! »

En évoquant les coups de cœur de Candy Cloud, Yasmin est tout de suite dithyrambique sur le Weather Festival. Plus sérieusement, il me recommande Casual Gabberz car « ils proposent autre chose que la house parisienne », les Fils de Venus pour le mélange « techno et concerts », l’Alter Paname parce que « tu ne peux pas faire plus grand dans les idées », ou encore Inverse Prod pour le côté « gratuit le dimanche à la Flèche d’Or » et Vagina Dentata pour le festival « Les Merguez Électroniques ».

  • Histoire de la barbe à papa :

En 1897, William James Morrison, dentiste, et John C. Wharton, confiseur, tous les deux originaires de Nashville, Tennessee, aux Etats-Unis, inventent une machine électrique permettant de créer un filage de sucre formant la barbe à papa. Ils présentent leur invention à l’exposition universelle de Saint-Louis, en 1904. La barbe à papa est un tout de suite un succès. Les machines actuelles sont d’ailleurs très proches du mécanisme d’origine. Elles se composent d’un baquet central qui tourne sur lui-même avec une résistance à l’intérieur, au milieu d’un cylindre pour récupérer le sucre sous forme de filaments.

  • « On part de Paris et les barbes à papa s’arrêtent »

Et oui, lorsque j’aborde les futurs projets, Yasmin me répond : « arrêter ». Il m’avoue que lui et son amie Ana partent au mois d’avril en voyage « dans la nature pour voir autre chose que Paris ». Avec une petite pointe de nostalgie, il me confit que « c’était bien, au moment ou ça fonctionne le mieux, on part dignement, avant que les gens en aient marres de nous, et de bouffer du sucre ». À la question d’un possible retour, Yasmin laisse planer un léger doute : « C’est possible… On reviendra surement… Peut-être un peu partout en France, ou voir si dans un an Paris aura évolué ».

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Le logo de Candy Cloud ©Yann Rachon

Gentil, généreux et souriant, Yasmin, avec son concept Candy Cloud, distribue avant tout du bonheur. Plus que les quelques pièces qu’il gagne en échange d’une barbe à papa, c’est le regard pétillant et émerveillé de la personne recevant la confiserie qui est réellement sa rémunération. Il ne reste plus qu’a leur souhaiter un bon voyage et continuer à distribuer des sourires sur leur chemin.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

La page officielle de Candy Cloud est ici

Fishbach, l’espoir vibrant

Deux mois après la sortie de son premier disque, Flora Fishbach pose un regard malicieux sur son vécu en tant qu’artiste, ses envies et ses projets. Rencontre.

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Flora Fishbach ©Olivier Juszczak

Jeune chanteuse de 24 ans, Fishbach a sorti son premier EP « Tu vas vibrer », le 6 novembre 2015. Elle enchaine depuis les concerts en première partie, en attendant sa vraie première date en solo sur Paris, le 21 mars au Point Éphémère. Classée dans les espoirs 2016 par Les Inrockuptibles, elle revient avec nous sur ses débuts, ses ambitions, les sollicitations médiatiques et son approche du métier d’artiste.

  • « Je me suis mis à crier, très fort, et je me suis rendu compte que c’était un exutoire de dingue, que je ne voulais faire que ça. »

Après avoir enchainé plusieurs petits boulots, comme vendeuse, ouvreuse, photographe de sport, Fishbach commence la musique en fondant Most Agadn’t sur l’idée d’un musicien de métal « hors du temps » rencontré après son concert. Elle a 17 ans, aucune expérience, mais se souviendra toujours de la première fois où elle a branché « son petit synthé Yamaha à 100 francs avec une pédale d’effet sur un ampli ». Un déclic s’opère. Une ambition est née. Pendant quatre ans, ils partagent la scène jusqu’au jour où, après un concert, ils se regardent et comprennent tout de suite que c’est fini : « on a pas pris notre pied, on s’est regardé, et on a dit : « on arrête ! » ». Fishbach allait naitre quelque temps plus tard, toute seule dans sa chambre, au contact d’un Ipad et du logiciel GarageBand.

  • « On est en train de préparer l’album, pour 2017 j’espère ! »
Fishbach officielle ©Melanie Bordas Aubiès

Fishbach ©Melanie Bordas Aubiès

Je rencontre Flora dans un café du XIème où il fait bon continuer à vivre. Elle m’avoue avoir signé pour trois albums avec son label Entreprise. Évidemment, une clause dépendant de la réussite de chacun est intégrée. C’est grâce à son « ingé son » actuel, rencontré lorsqu’elle travaillait à La Cartonnerie, qu’elle s’est décidée à envoyer ses maquettes. Une semaine après elle signait un contrat.

  • « Je resterai quand même le maitre d’orchestre de tout ce petit monde »

Actuellement en studio pour la préparation de son premier album, elle me confie qu’elle est aussi en train de monter un « backing band » parce ce que « c’est bien d’avoir les deux formules » seule ou en groupe, et de temps en temps « se séparer des bandes enregistrées » pour une performance plus « live ». Décidée, elle ne veut pas avoir des musiciens uniquement exécutifs mais souhaite rester le chef d’orchestre. Quand j’évoque les comparaisons souvent attribuées avec Catherine Ringer ou Désireless, elle me répond que « les gens ont besoin de référence » et que « tout a été fait, on peut simplement réinventer et se réapproprier les choses ».

  • Les Inrocks, hors série de décembre 2015, Les 100 meilleurs albums de l’année.

…la Française s’impose, jusqu’au malaise : danse affolée, corps au fusain et regard fou qui transperce chaque spectateur.

Amusée par cette citation, Fishbach reconnait qu’elle apprécie créer une forme d’inquiétude chez les gens. C’est d’ailleurs ce qu’elle aime dans l’art : « réussir à percuter, que ça soit dans le bien ou dans le mal ». Quand elle parle « du grand public » qu’elle « aimerait atteindre un jour », on sent une forme de détachement à toute forme d’ambition déraisonnable. Elle me confie d’ailleurs qu’elle croise « des petits cons qui ne feront pas long feu », persuadée que sa gentillesse lui permettra de durer dans le métier en prenant l’exemple de Cléa Vincent. Elle n’en fait d’ailleurs pas une obsession car elle m’avoue que « dans 10/15 ans » elle « se voit bien monter une boite d’art thérapie » car « c’est un vrai objectif de vie ».

  • « Je réponds toujours mais je ne peux pas entamer des conversations et des amitiés virtuelles. »

Concernant la gestion de sa page Facebook, Fishbach me raconte que son manager est aussi administrateur. Elle reçoit une demande accrue de concerts, et elle a « du mal à refuser les choses et parfois trouver les bonnes formules ». C’est le cas sur Paris en attendant sa première salle au Point Éphémère le 21 mars 2016.

Elle m’avoue aussi qu’elle rédige toutes les réponses en demandant parfois des conseils à son manager. Il y a quelques fois des messages de fans assez étranges. Médiatiquement, Flora Fishbach a eu le droit à sa première télé au Petit Journal de Canal Plus. Malheureusement non diffusée à cause d’une interview trop longue de l’invité en plateau qui a empiété sur la fin de l’émission, elle aura une deuxième chance en mars. Sur cette expérience, elle explique que « c’était juste un one shot et tu sais que c’est figé pour toujours, très impressionnant, et que la France est devant ». Concernant sa relation avec les journalistes, elle me dit qu’elle « aime bien rencontrer des gens, se présenter » même si c’est un peu à « sens unique ». Puis elle affirme : « on aime toujours parler de soi ! Même si c’est un peu horrible ce que je raconte, mais je suis très contente de ce qui m’arrive, je sais que c’est le jeu, et j’aime jouer ce jeu ».

  • « Quand tu dis je, c’est des fois plus facile de s’approprier les mots d’un autre sur ton histoire. »

En évoquant le morceau « Béton mouillée », elle me confirme qu’il y a forcement une petite part d’autobiographie même si ce n’est pas elle qui a écrit les paroles mais Olivier Vaillant, un pote. Le thème de départ était : « je rentre de soirée, est ce que je rentre seule ou pas ? ». Le texte est « assez alambiqué » et « il peut avoir plusieurs lectures ». Elle écrit de plus en plus ses chansons.

  • « J’aime beaucoup la musique de femmes, les femmes artistes »

Avant de mettre fin à notre entretien, je lui ai demandé si elle avait un ou deux coups de cœur à partager. Elle m’a répondu qu’elle avait pleuré devant un concert de Michelle Blades, et qu’elle conseillait le morceau « Amérique » de Mathilde Fernandez, « la vraie héritière de Catherine Ringer ».

Malicieuse, sympa et très abordable, Fishbach possède cette forme d’ambition raisonnable qui la mènera surement loin. Talentueuse, jolie, bonne cliente en interview, elle dégage un bien être communicatif qui symbolise sa joie de vivre. Elle a l’air simplement heureuse de ce qui lui arrive et profite de chaque moment. Toutes ces premières fois attendues avec impatience et un soupçon de stress qui permettent de pimenter l’envie.

Olivier Juszczak

Jonathan Genet, une étoile dans le Cosmos

Jonathan Genet dans le rôle de Witold

Jonathan Genet dans le rôle de Witold ©Alfama Film 2015

Comédien de 29 ans, Jonathan Genet est à l’affiche du dernier film de Andrzej Zulawski, Cosmos, en salle depuis le 9 décembre. Après avoir passé un certain temps sur les planches de théâtre, l’acteur français joue Witold, le rôle principal de cette adaptation du roman de Witold Gombrowicz. Le comédien revient avec nous sur cette première expérience dans un long métrage pour le cinéma, et nous parle du métier.

Diplômé de la promotion 2009 du Théâtre National de Bretagne où Stanislas Nordey fut son directeur pédagogique, Jonathan Genet commence sa carrière au théâtre. Depuis 2008, il a participé à une dizaine de projets dont dernièrement Hinkemann de Ernst Toller, mis en scène par Christine Letailleur. Côté cinéma, son parcours est plus modeste avec notamment une participation au court métrage Les Chancelants de Nadine Lermite, aux côtés d’Ana Girardot.

Victoria Guerra et Jonathan Genet dans Cosmos

Victoria Guerra et Jonathan Genet dans Cosmos ©Alfama Film 2015

Assis au fond d’un bistrot parisien, Jonathan Genet m’attend en sirotant un verre. Lorsqu’il relève la tête et m’aperçoit, son regard clair et perçant allume l’esquisse d’un petit sourire. Au sujet de Zulawski, il m’avoue avoir adoré L’important c’est d’aimer, mais ne pas avoir voulu « regarder toute sa filmographie » pour partir sans trop de préjugés. Le tournage a duré 36 jours au Portugal, ce qui a permis de vivre « comme une petite famille » avec l’équipe du film.

  • « Jean-François Balmer m’a dit le premier jour : « Je pense que j’ai aussi peur que toi. » »

Insistant sur la très bonne relation entre tous les comédiens, Jonathan Genet a mis « deux ou trois jours à essayer de se comprendre » avec Andrzej Zulawski, mais ensuite une bonne entente s’est installée. Réputé difficile et exigeant, le réalisateur polonais a su adapter son langage aux personnalités différentes des acteurs. Jonathan Genet a aussi pu bénéficier du soutien de Jean-François Balmer ou Sabine Azéma, plus expérimentés, en insistant sur le rôle important de Johan Libéreau qui l’a « pris sous son aile ». Une ambiance de tournage où la compétition entre comédiens aux forts égos, parfois présente sur un film, était absente ici. La folie et l’hystérie prédominantes dans le film sont finalement restées sur le plateau, car la densité et la difficulté du texte nécessitaient une rigueur de travail. Il nous avoue d’ailleurs qu’il a « utilisé ses outils de comédien de théâtre pour apprendre tout ça ». Sa plus grande surprise après le tournage est « d’avoir été autant déplacé par un mec » en l’occurrence Andrzej Zulawski, car c’est « quelqu’un qui travaille beaucoup sur la transe ou l’instinct ».

Jean-François Balmer, Sabine Azéma et Johan Libéreau dans Cosmos

Jean-François Balmer, Sabine Azéma et Johan Libéreau dans Cosmos ©Alfama Films 2015

  • Andrzej Zulawski dans les Cahiers du Cinéma de décembre 2015 :

Jonathan Genet fait surtout du théâtre, et rarement à Paris. Je l’ai trouvé frappant et tellement différent des jeunes acteurs français, qui se ressemblent tous. Je ne le dis pas par méchanceté, c’est une volonté des metteurs en scène et des producteurs de les rendre un peu aseptisés. Lui, c’est le contraire. Et dans la vie, si vous le rencontrez le soir, c’est un fou furieux. Mais il est d’une discipline totale. Son rôle est impossible, parce qu’il est ambigu – définir ce Witold, c’est comme définir Gombrowicz, on ne peut pas -, mais il l’a abordé avec une énorme simplicité, comme si ce n’était pas un problème, alors que je sais qu’il se torturait la nuit.

Jonathan Genet, amusé et touché par cette déclaration me répond « qu’il faut être de toute façon un peu fou pour travailler avec Zulawski et se laisser emporter par lui ». Il regrette cependant de « ne pas avoir eu l’occasion de passer une soirée avec lui autour d’une bonne bouteille de vodka », mais souligne effectivement « la discipline et le travail » de l’équipe pendant le tournage.

  • « Dépendre du désir des autres est très difficile »

Concernant le métier de comédien, il parle de ce qui échappe à son contrôle et de la rapidité des gens à « projeter des choses sur toi et établir des étiquettes ». Il m’avoue son « envie de repartir sur des rôles plus terrestres » en opposition au personnage plutôt lunaire de Witold. Il veut simplement montrer que c’est un comédien ayant plusieurs couleurs dans la palette de son jeu. Il insiste aussi sur « le luxe de pouvoir raconter des histoires au gens ». Quand j’évoque les périodes avec moins de travail, il m’explique que ce « n’est pas évident » et qu’il a « des moments de doute et de remise en question » mais que c’est « plutôt sain le concernant ».

Finalement, Jonathan Genet est un comédien prometteur en quête de plus d’expérience, avec beaucoup de talent. Il symbolise les paradoxes de cette profession. Un univers qui peut être très exaltant mais aussi très déstabilisant, où la force mentale est aussi importante que la qualité du jeu pour continuer. Quelqu’un que l’on reverra surement bientôt.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site officiel du film Cosmos de Andrzej Zulawski est ici

Cosmos sur Allocine c’est ici