Arthur Navellou, Apollon dionysiaque

De la musique, en passant par la danse, l’écriture et le théâtre, rencontre avec Arthur Navellou, l’artiste multi-facette.

Arthur-Navellou

Arthur Navellou ©Olivier Juszczak

Musicien, chanteur, danseur, poète et comédien, Arthur Navellou, 28 ans, revient sur son itinéraire d’artiste complet. Deux projets phares symbolisent actuellement son activité artistique : Le Corps Collectif, groupe de danse, et Apolline, groupe de musique.

Arrivé à Paris il y a 10 ans, l’artiste commence sa formation universitaire à Nanterre en arts du spectacle. En 4ème année, il fait un stage au Théâtre des Amandiers où il rencontre Bruno Freyssinet, directeur de la compagnie « Transplanisphère ». Il côtoie alors une dizaine de « gros acteurs bien ancrés dans le théâtre » qui lui ont par la suite « apporté la possibilité de bosser sur des trucs ». Il arrête ensuite la fac pour commencer une formation de théâtre.

  • « Tu essayes de mettre le moins de filtre possible entre toi et le personnage »

Je retrouve Arthur Navellou chez lui, dans la tranquillité du jardin d’une petite maison de banlieue. Il m’explique que le fait de venir « avec ce que tu es » expérimenté lors de sa formation de théâtre est une façon de travailler qu’il a tout le temps gardée. Après plusieurs rencontres avec « des comédiens qui ne me donnaient pas envie de faire ce métier », il décide de s’éloigner un peu de cette profession. Il explique : « c’est le royaume de l’égo, de la publicité » où il faut savoir se vendre. En insistant : « certains le font très bien, et ont intérêt à le faire parce qu’ils sont forts, mais ce n’est pas ce je cherchais ».

Le Corps Collectif ©François-Regis Durand

Le Corps Collectif ©François-Regis Durand

  • « Nous, quand on se met nu, c’est pour rentrer en résonance, c’est pour abattre des frontières »

En 2010, Arthur intègre le Corps Collectif après avoir rencontré Nadia Vadori-Gauthier qui fait aussi maintenant « Une minute de danse par jour ». Au début ce collectif était « plutôt un groupe de performance » mais a aujourd’hui « une vision artistique plus défini ». Il me raconte qu’il y a deux aspects dans ce projet : l’un plutôt « somatique » où ils dansent « à partir de ce qu’on a à l’intérieur et on convoque des forces » mais aussi « une réflexion autour de la représentation de ce que fait le spectateur quand il vient nous voir ». Il est vrai que le sentiment de voyeurisme est très peu présent chez le spectateur tellement l’impression de transformation animale, presque bestiale, emporte le public dans une expérience proche du « chamanisme ». Une performance que vous avez peut-être vécue le 21 mars dernier à La Générale dans le XIème arrondissement, pour « Réel Machine ».

Apolline©Emeline-Cole

Apolline ©Émeline Cole

  • « Je savais pas du tout ce qui allait se passer, on s’est mis dans un studio et on a fait l’équivalent de la moitié de l’album en une journée »

Après plusieurs projets musicaux entre 2010 et 2013, Arthur Navellou rencontre les futurs membres du groupe Apolline, à Blois. « C’est une sorte de coup de foudre musical où l’on arrive au bon moment » m’avoue Arthur. Groupe de rock à la fois puissant et sensible, le jeu de scène énergique du chanteur est aussi une particularité d’Apolline. Après un premier album « no longer rain » et plusieurs concerts, avec notamment deux tournées à New York fin 2013 et 2014, le groupe est de nouveau rentré dans un processus de création. Arthur me confie que leur projet est de sortir un EP avec cinq ou six titres, à l’horizon de l’hiver 2016.

Clip officiel de Puck par Apolline. ©M & O Music 2013
réal : Matthieu Tregoat

  •  « On travaille toujours avec des énergies, et ensuite on les raffine pour trouver Apollon dans Dionysos »

Arthur fonctionne de la même manière dans son travail avec Le Corps Collectif ou avec Apolline. Il m’explique qu’il y a deux dimensions dans l’art, celle dionysiaque en rapport avec l’énergie et celle apollinienne correspondant au beau. En précisant : il faut « trouver le beau dans l’énergie, et pas l’énergie dans le beau ». Concernant le jeu de scène qu’il préfère au studio, il le vit comme une expérience : « c’est toujours être traversé par tout ce qu’on a fait, et le refaire devant des gens ».

Bruxelles

Brusquement on sent pousser le besoin d’ailes à la croisée des continents s’envole Bruxelles ©Arthur Navellou

  • « J’essaye de trouver des slogans poétiques »

Attiré aussi par l’écriture, Arthur poste régulièrement des poèmes visuels sur son compte Instagram. Il me dit : « une phrase et une image, pour libérer le poids du dessin et du texte » en précisant « j’ai toujours été un mec à slogan, et la publicité est venu parasiter tout ça ». Son recueil de poèmes « Instants prolongés » est actuellement en attente d’un éditeur, extrait :

SOLDATS

Années de liberté

Les as-tu vendues

Contre la joie de tuer le temps

De la vie cède l’excédant

Au jour défait d’un battement d’ailes

Je me demande si comme moi

Tu continues sans connaître ton camp

DEVENIR RÉCLAME

  • « Il faut toujours se reconnecter à un animal »

Arthur Navellou vit actuellement grâce à son travail d’assistant metteur en scène au théâtre. Il ne dégage par encore de revenu de ses autres activités mais considère que cela lui apporte énormément. Très attaché à la symbolique de l’animalité ancrée dans l’individu, il cite Nadia Vadori-Gauthier : « on est jamais seul quand on a ses animaux ». Le thème du prochain album d’Apolline pourrait tourner autour de l’idée du « zoo » ou de « l’Arche de Noé ». Attendons cet hiver.

Malin, drôle, énergique, Arthur Navellou garde aussi en lui une sensibilité à fleur de peau très touchante. Menant plusieurs projets de front, cet artiste multi-facette est avant tout attaché au besoin de s’exprimer, que ce soit par l’écriture, le chant ou la danse. Nul doute que quoi qu’il arrive, il continuera à le faire. Sans doute avec de plus en plus de lecteurs, d’auditeurs ou de spectateurs.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site internet de la compagnie Le Corps Collectif est ici.

Le site internet du groupe Apolline est ici.

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Portraits Pour Trait

Arthur Navellou, Apollon dionysiaque

Le 25 mars 2016

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Arthur Navellou ©Olivier Juszczak

Musicien, chanteur, danseur, poète et comédien, Arthur Navellou, 28 ans, revient sur son itinéraire d’artiste complet. Deux projets phares symbolisent actuellement son activité artistique : Le Corps Collectif, groupe de danse, et Apolline, groupe de musique.

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Camille Causse, l’archiviste 2.0

Le 11 mars 2016

289 3_9 Portrait Camille Causse Photo CJO

Camille Causse ©Martin Loper

Blogueuse hébergée sur le site de Libération, indépendante, Camille Causse porte un œil nouveau sur le métier d’archiviste. Avec ou sans lunettes.

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Candy Cloud, le punk sucré

Le 03 février 2016

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Yasmin ©Olivier Juszczak

Acteur de l’événementiel parisien, Candy Cloud répand ses barbes à papa dans les soirées les plus sympas de Paris. Il est maintenant courant de voir les gens, lunettes de soleil sur le nez et baskets aux pieds, danser en tenant un nuage à la main ! Rencontre avec Yasmin, dealer de sucre.

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Fishbach, l’espoir vibrant

Le 24 janvier 2016

Portrait-Fishbach

Fishbach ©Olivier Juszczak

Deux mois après la sortie de son premier disque, Flora Fishbach pose un regard malicieux sur son vécu en tant qu’artiste, ses envies et ses projets. Rencontre.

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Jonathan Genet, une étoile dans le Cosmos

Le 11 décembre 2015

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Jonathan Genet dans le rôle de Witold ©Alfama Film 2015

Comédien de 29 ans, Jonathan Genet est à l’affiche du dernier film de Andrzej Zulawski, Cosmos, en salle depuis le 9 décembre. Après avoir passé un certain temps sur les planches de théâtre, l’acteur français joue Witold, le rôle principal de cette adaptation du roman de Witold Gombrowicz.

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Camille Causse, l’archiviste 2.0

Blogueuse hébergée sur le site de Libération, indépendante, Camille Causse porte un œil nouveau sur le métier d’archiviste. Avec ou sans lunettes.

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Camille Causse ©Olivier Juszczak

Camille, 28 ans, est une jeune archiviste indépendante qui essaye de bousculer les stéréotypes de son métier. Diplômée en histoire de l’art et histoire médiévale, elle a découvert le métier lors d’un stage au Centre Pompidou, en licence 3, à la faveur du temps libre qu’elle avait lors des grèves de l’université.

  • « Archiviste est un métier qui est très dévalorisé »

Je retrouve Camille dans un café parisien du XIème arrondissement. Arrivée en avance, elle est déjà prête à me révéler les secrets de son intérêt pour les archives, l’idée de la création de son blog (Camicaos, créations archivistiques originales) et la vision de son métier. Elle me raconte que lorsqu’elle rencontrait des gens en se présentant comme archiviste, rapidement, ils lui « tournaient le dos » en considérant qu’elle « n’était pas intéressante ». Au début « ça lui cassait le moral ». Pour remédier à ça, elle décide « de raconter des anecdotes croustillantes, fun » et s’aperçoit que ça fonctionne. Après avoir créé son site internet, Camille poursuit dans la volonté de rester active lors d’une période de chômage et se lance dans la rédaction d’articles. Ayant autour d’elle « beaucoup de journalistes » qui l’ont un peu « coachée », elle a rapidement pris du plaisir dans la rédaction en essayant de « trouver des accroches » . Concernant le choix des sujets, elle reste sur des « coups de cœur » en se fixant un post par semaine.

289 3_9 Portrait Camille Causse Photo CJO

Camille Causse ©Martin Loper

  • « J’ai un proche qui travaille à Libé »

Rétrospectivement, elle me raconte que son ami secrétaire de rédaction à Libération suivait ce qu’elle postait sur son blog sans qu’elle le sache, et puis : « ça lui a plu et il en a parlé au mec qui gérait les blogs de Libé ». Elle découvre le milieu du journalisme et tous ses codes de relecture, de titraille et de choix iconographique. Elle m’avoue qu’au début il a fallu « un temps d’adaptation » et qu’elle a vu son titre ou sa photo d’illustration changer. Maintenant « ils ne touchent plus à rien » car elle « fait certainement différemment aussi ». Elle insiste : « en terme de sujets je suis libre, rien ne m’est imposé ». Son blog compte maintenant en moyenne 5000 visites par semaine.

  • « La psychologie n’a pas encore suffisamment sa place dans les archives »

Intéressée par le « transgénérationnel », elle apprécie « voir ce qui peut se répéter dans des lignées familiales ». Elle me confie aimer « la mémoire, aller fouiller dans le passé ». Son objectif est aussi « la sensibilisation des producteurs d’archives » car « ils ne sont pas conscients de ce qu’ils produisent ».

  • « La marque CAOS, il a bien fallu que je la vende »

Surnom ramené d’une expérience en Italie, CAOS est le nom de sa petite entreprise qui propose quatre services à ses clients. À la fois community manager, gestionnaire de fond patrimoniaux, rédacteur et recherchiste, ainsi que créateur d’archives, Camille souhaite « avoir toute la panoplie ». Elle me dit qu’elle « adhère complètement à la vulgarisation » et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait avec son blog. Concernant le community managment, elle reconnait que c’est assez nouveau dans le secteur des archives mais cite deux exemples très intéressants à ses yeux Gallica et les Archives de la Manche.

  • « Je veux rester professionnelle tout en étant accessible »

Auto-entrepreneur, Camille a mis quatre mois avant de choisir ce statut et pense que « c’est le moins mauvais ». Indépendante depuis septembre 2015, elle vit maintenant de son activité. Dans la gestion de sa communauté elle a un peu plus de difficulté avec sa page Facebook que sur Twitter où « c’est plus facile d’être pro ». Hyperactive, Camille pratique l’équitation, la natation, le roller et le piano. Elle reconnait cependant « s’être tout cassé » donc cela « c’est un peu calmé ». À la demande d’évoquer un coup de cœur récent, elle répond le dernier livre de Delphine de Vigan « D’après une histoire vraie » en ajoutant souriante : « c’est pas très joyeux ». Elle cite aussi le DJ Ghislain Poirier.

Pétillante, active et très moderne, Camille dégomme les clichés sur le métier d’archiviste. À ceux qui pensent encore que les archivistes sont terrés au fond d’une bibliothèque, allez faire un tour sur son blog. Elle démontre aussi qu’une période de chômage peut être valorisante, un moment où l’on se forme et teste des nouvelles choses importantes pour la suite d’une carrière, très loin de l’image du faignant assisté que certains essayent de véhiculer.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site de Camille est ici et son blog ici.