Camille Causse, l’archiviste 2.0

Blogueuse hébergée sur le site de Libération, indépendante, Camille Causse porte un œil nouveau sur le métier d’archiviste. Avec ou sans lunettes.

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Camille Causse ©Olivier Juszczak

Camille, 28 ans, est une jeune archiviste indépendante qui essaye de bousculer les stéréotypes de son métier. Diplômée en histoire de l’art et histoire médiévale, elle a découvert le métier lors d’un stage au Centre Pompidou, en licence 3, à la faveur du temps libre qu’elle avait lors des grèves de l’université.

  • « Archiviste est un métier qui est très dévalorisé »

Je retrouve Camille dans un café parisien du XIème arrondissement. Arrivée en avance, elle est déjà prête à me révéler les secrets de son intérêt pour les archives, l’idée de la création de son blog (Camicaos, créations archivistiques originales) et la vision de son métier. Elle me raconte que lorsqu’elle rencontrait des gens en se présentant comme archiviste, rapidement, ils lui « tournaient le dos » en considérant qu’elle « n’était pas intéressante ». Au début « ça lui cassait le moral ». Pour remédier à ça, elle décide « de raconter des anecdotes croustillantes, fun » et s’aperçoit que ça fonctionne. Après avoir créé son site internet, Camille poursuit dans la volonté de rester active lors d’une période de chômage et se lance dans la rédaction d’articles. Ayant autour d’elle « beaucoup de journalistes » qui l’ont un peu « coachée », elle a rapidement pris du plaisir dans la rédaction en essayant de « trouver des accroches » . Concernant le choix des sujets, elle reste sur des « coups de cœur » en se fixant un post par semaine.

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Camille Causse ©Martin Loper

  • « J’ai un proche qui travaille à Libé »

Rétrospectivement, elle me raconte que son ami secrétaire de rédaction à Libération suivait ce qu’elle postait sur son blog sans qu’elle le sache, et puis : « ça lui a plu et il en a parlé au mec qui gérait les blogs de Libé ». Elle découvre le milieu du journalisme et tous ses codes de relecture, de titraille et de choix iconographique. Elle m’avoue qu’au début il a fallu « un temps d’adaptation » et qu’elle a vu son titre ou sa photo d’illustration changer. Maintenant « ils ne touchent plus à rien » car elle « fait certainement différemment aussi ». Elle insiste : « en terme de sujets je suis libre, rien ne m’est imposé ». Son blog compte maintenant en moyenne 5000 visites par semaine.

  • « La psychologie n’a pas encore suffisamment sa place dans les archives »

Intéressée par le « transgénérationnel », elle apprécie « voir ce qui peut se répéter dans des lignées familiales ». Elle me confie aimer « la mémoire, aller fouiller dans le passé ». Son objectif est aussi « la sensibilisation des producteurs d’archives » car « ils ne sont pas conscients de ce qu’ils produisent ».

  • « La marque CAOS, il a bien fallu que je la vende »

Surnom ramené d’une expérience en Italie, CAOS est le nom de sa petite entreprise qui propose quatre services à ses clients. À la fois community manager, gestionnaire de fond patrimoniaux, rédacteur et recherchiste, ainsi que créateur d’archives, Camille souhaite « avoir toute la panoplie ». Elle me dit qu’elle « adhère complètement à la vulgarisation » et c’est d’ailleurs ce qu’elle fait avec son blog. Concernant le community managment, elle reconnait que c’est assez nouveau dans le secteur des archives mais cite deux exemples très intéressants à ses yeux Gallica et les Archives de la Manche.

  • « Je veux rester professionnelle tout en étant accessible »

Auto-entrepreneur, Camille a mis quatre mois avant de choisir ce statut et pense que « c’est le moins mauvais ». Indépendante depuis septembre 2015, elle vit maintenant de son activité. Dans la gestion de sa communauté elle a un peu plus de difficulté avec sa page Facebook que sur Twitter où « c’est plus facile d’être pro ». Hyperactive, Camille pratique l’équitation, la natation, le roller et le piano. Elle reconnait cependant « s’être tout cassé » donc cela « c’est un peu calmé ». À la demande d’évoquer un coup de cœur récent, elle répond le dernier livre de Delphine de Vigan « D’après une histoire vraie » en ajoutant souriante : « c’est pas très joyeux ». Elle cite aussi le DJ Ghislain Poirier.

Pétillante, active et très moderne, Camille dégomme les clichés sur le métier d’archiviste. À ceux qui pensent encore que les archivistes sont terrés au fond d’une bibliothèque, allez faire un tour sur son blog. Elle démontre aussi qu’une période de chômage peut être valorisante, un moment où l’on se forme et teste des nouvelles choses importantes pour la suite d’une carrière, très loin de l’image du faignant assisté que certains essayent de véhiculer.

Olivier Juszczak

  • Pour aller plus loin :

Le site de Camille est ici et son blog ici.

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